Gratia Lacrimarum

Conception et interprétation

Clémentine Vanlerberghe

Création

2021

Format

Solo chorégraphique

Durée

40 minutes

visuel Gratia Lacrimarum
Visuel · Tamaris Borrelly

En 2017, à la télévision, je voyais Céline Dion pleurer, très pudiquement, alors qu’elle évoquait son défunt mari. Depuis que je suis mère, je pleure comme une (Marie) Madeleine ; je suis une femme, et pourtant je me cache pour le faire. Le pouvoir de ces larmes publiques m’intrigue.

J’imagine ce solo comme un rituel de purification par les larmes évoquées, un moyen de revenir à notre humanité première. Ces larmes-là sont celles qui relient un divin à l’humain, celles qui nous disent qu’en nous, il y a plus que nous, qu’il y a l’humanité toute entière. Quand je pleure, c’est aussi devant la beauté, et la compassion, auxquelles je crois encore, malgré ces temps parfois sombres. Mes larmes sont le combat de ma non-indifférence, contre les coeurs secs.

Et si je pouvais, je pleurerais ouvertement, pas comme une pleureuse que l’on moque, non, pas des larmes de crocodile, pas des larmes de martyr, mais de belles larmes rondes qui couleraient sur mes joues comme autant d’expressions de mes sentiments, touchée par la grâce ordinaire.

Ce serait des larmes très pures et très belles. Des billes. Des perles. Elles m’inonderaient. Je verrais trouble à travers elles et pourtant le monde m’apparaîtrait tel qu’il est. La vérité brillerait dans ces larmes ; le reflet du sel étincellerait. Je pourrais me cacher, mais je pourrais aussi vous les montrer, vous démontrer que finalement mon coeur n’est pas de pierre, mais qu’il est d’eau et de sang et que de lui jaillissent une multitude de flaques.

Quelles sont nos capacités à modeler nos émotions et à les adapter en fonction de notre environnement social ? Quelle part de pudeur et d’intimité conservons-nous à travers nos larmes ? Que transmettent ces larmes à l’Autre en face de nous ?

Si les larmes restent mystérieuses dans leurs origines profondes et leur faculté à nous relier, elles ont un pouvoir dans notre monde moderne, comme un rempart possible face à une société utilitariste qui quantifierait tout sans laisser de place à l'indicible. Ce projet évoque le don des larmes — Gratia Lacrimarum en latin — et explore l’imaginaire des larmes en tant que débordements d’un monde intérieur.

visuel Gratia Lacrimarum
Chorégraphie & interprétation

Clémentine Vanlerberghe

création

2021

Accompagnatrice somatique

Katia Petrowick

Création visuelle & scénographie

Tamaris Borrelly

Lumières

Alice Dussart

Création musicale

François Jacubowski

production

cats&snails / Pauline Charlier

Co-productions

Le Gymnase CDCN de Roubaix Hauts-de-France, Le Vivat Scène Conventionnée d'Armentière, la CA2BM, La Fabrique de Théâtre - SPAS

Avec le soutien

Du Grand Bain - lieu d'émulation / La Madelaine sous Montreuil